Le modèle tout-digital amplifie l'exposition aux impayés

Les assurtechs ont massivement misé sur la souscription en ligne, le paiement mensuel par prélèvement, et une relation client 100 % digitale. Ce modèle présente un avantage d'acquisition indéniable. Il crée aussi une fragilité structurelle sur les impayés.

Un prélèvement automatique rejeté pour provision insuffisante est le scénario le plus courant. Sans conseiller pour appeler le client le lendemain, la relance repose entièrement sur les systèmes de l'assurtech. Si ces systèmes ne sont pas calibrés pour respecter les délais légaux, le risque est double : perte de la créance et exposition à des réclamations.

Le secteur de l'assurance français a encaissé 283 milliards d'euros de primes en 2024 selon France Assureurs. Même un taux d'impayés modeste représente des montants considérables à l'échelle d'un portefeuille.


Le cadre L.113-3 s'applique à tous, y compris aux assurtechs

La loi ne distingue pas les canaux de distribution. Qu'un contrat ait été souscrit en agence ou via une application mobile, l'article L.113-3 du Code des assurances s'applique intégralement.

La procédure est identique :

  1. Mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, dès l'échéance impayée.
  2. Suspension des garanties 30 jours après l'envoi de la mise en demeure.
  3. Résiliation possible 10 jours après le début de la suspension (40 jours après mise en demeure).

Un point souvent mal anticipé par les assurtechs : la mise en demeure doit être envoyée par courrier recommandé physique. Un simple email ou une notification push ne suffit pas à déclencher le délai légal, quand bien même le contrat a été souscrit intégralement en ligne.


Automatiser le recouvrement sans violer les délais légaux

L'automatisation est la réponse naturelle pour une assurtech. Mais automatiser sans rigueur juridique est risqué. Voici les principes à respecter.

Déclencher la mise en demeure au bon moment. Le processus doit déclencher automatiquement l'envoi recommandé dès J+1 de l'échéance impayée. Attendre J+10 ou J+15 réduit d'autant la fenêtre de recouvrement amiable avant suspension.

Documenter chaque action. Date d'envoi du recommandé, date de première présentation, date de réception (ou de non-retrait). Ces preuves sont indispensables en cas de litige.

Calibrer les relances amiables dans la fenêtre légale. Les 30 jours entre mise en demeure et suspension permettent 3 à 4 relances amiables (email, SMS, appel). C'est dans cette fenêtre que le taux de régularisation est le plus élevé.

Prévoir la reprise d'effets automatique. Si l'assuré paie dans les 40 jours, le contrat reprend le lendemain à midi. Le système doit le détecter et réactiver les garanties sans intervention manuelle.


Le risque ACPR spécifique aux assurtechs

L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution porte une attention particulière aux assurtechs en forte croissance. Une procédure de recouvrement mal calibrée peut donner lieu à des contrôles ou à des recommandations.

Les points de vigilance sont :

Les assurtechs qui délèguent cette procédure à un prestataire en marque blanche doivent s'assurer que ce prestataire produit une documentation conforme pour chaque dossier.


Quel impact sur la relation client ?

La gestion des impayés est un moment de vérité pour une assurtech. Mal gérée, elle génère des avis négatifs, des résiliations hostiles, et une attrition accélérée.

Bien gérée, elle peut transformer un impayé en fidélisation. Un assuré qui régularise sa situation dans les délais, accompagné d'une communication bienveillante et professionnelle, reste souvent client. L'enjeu n'est pas uniquement de recouvrer la prime : c'est de préserver le contrat.

Les assurtechs qui intègrent la personnalisation du ton dans leurs relances (message différent selon le profil de l'assuré, son historique, son canal de préférence) obtiennent des taux de régularisation significativement plus élevés que ceux qui envoient des messages standardisés.


Marque blanche et délégation : à qui confier le recouvrement ?

Certaines assurtechs externalisent la procédure de recouvrement. Cette délégation est possible, à condition de respecter deux exigences.

Premièrement, le prestataire doit agir au nom de l'assureur, dans le respect strict de L.113-3. La responsabilité juridique reste celle de l'assureur.

Deuxièmement, les relances en marque blanche doivent être indistinguables d'une communication directe de l'assureur. Le débiteur ne doit pas percevoir qu'il traite avec un tiers inconnu, ce qui pourrait nuire à la relation client.

Un logiciel SaaS de recouvrement en marque blanche permet de centraliser la gestion, d'automatiser les envois conformes, et de fournir des reportings précis sur chaque portefeuille d'impayés.


Questions fréquentes

Les assurtechs peuvent-elles utiliser l'email à la place du recommandé pour la mise en demeure ?
Non. L'article L.113-3 exige expressément une lettre recommandée. L'email n'a pas valeur de mise en demeure légale en assurance, même si le contrat a été souscrit par voie électronique. Des solutions existent pour automatiser l'envoi de recommandés physiques depuis un logiciel de recouvrement.
Quel est le taux de régularisation moyen sur les impayés en assurance ?
Les données sectorielles varient selon les portefeuilles. En assurance de masse (auto, habitation, santé individuelle), un suivi structuré dans les 30 premiers jours permet de régulariser entre 60 % et 75 % des impayés avant suspension des garanties. Ce taux chute significativement après résiliation.
Une assurtech peut-elle proposer un échéancier de paiement à l'assuré en impayé ?
Oui, et c'est souvent la meilleure approche pour préserver la relation client. Un échéancier formalisé constitue une reconnaissance de dette qui interrompt la prescription biennale. Il n'empêche pas de maintenir la procédure L.113-3 en parallèle pour protéger les droits de l'assureur.

Solden équipe les assurtechs et les compagnies d'assurance d'un logiciel SaaS de recouvrement en marque blanche. Relances automatisées, conformité L.113-3, reporting en temps réel. Abonnement fixe, zéro commission. Demandez une démonstration.